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février 07, 2005
Les packages deals de pensées uniques
Il y aura bientôt un an, l’idée de ce journal, Le Réverbère, germait devant un allongé de Chez Temporel, à Québec. Au départ, l’idée du journal est venue d’un simple constat que j’avais lancé à Jennie : « C’est fou comment tout le monde, de gauche ou de droite, adhère à un package deal ». 

La pensée unique, c’est un phénomène de société selon lequel une majorité adhère aveuglément à une idéologie. Être contre la pensée unique n’est pas très original : dès nos cours de philosophie au Cégep, on dit vouloir nous apprendre à avoir une tête bien faite plutôt que bien pleine et autres balivernes. De nombreux journaux alternatifs braquent leur contre-pensée-unique-ité : alter-mondialistes, environnementalistes, socialistes et anti-capitalistes, bonjour! Sont-ils vraiment contre la pensée unique, ou adhèrent-ils simplement à une autre forme de pensée unique? Cela me fait penser aux dits « marginaux » qui, tout en clamant leur anticonformisme, portent tous des vêtements similaires, forment des tissus sociaux fermés dans lesquels chaque individu adopte le style de vie du groupe. 

Le Réverbère, relisez son Manifeste, cherche plutôt à s’opposer au syndrome du package deal. La « pensée unique » à laquelle s’oppose le Réverbère n’est ni la droite ni la gauche ou un courant politique particulier. Le journal s’oppose aux courants politiques en général, au fait d’adhérer aveuglément à une doctrine. 

Mais que sont-ils, ces packages deals, ces courants auxquels certains semblent adhérer aveuglément? 

Portraits pleins de clichés des diverses formes de pensées uniques de notre société occidentale. 


À ma droite, nous avons... 

L’économiste bien-intentionné
L’économiste bien-intentionné souhaite réellement l’amélioration du sort de la majorité de la société, des riches comme des pauvres, et ce, grâce à la croissance économique. Aussi, celui-ci est persuadé que la richesse ne peut se créer que par la vitalité économique et les profits générés par les entreprises. L’économiste bien-intentionné croit généralement que l’entreprise privée fait toujours mieux les choses que les institutions publiques. Ainsi, il est plutôt en faveur de la privatisation et de la sous-traitance. 

Ce bien-intentionné choisit donc de tenter d’éliminer la pauvreté par la création de richesse. Toutefois, la notion de richesse de notre économiste se limite à la richesse monétaire. Pour lui, l’art n’est pas très important, puisqu’il ne génère pas de profit et il est uniquement apprécié d’une minorité Par conséquent, il préfère de loin le sport professionnel, plus populaire. On ne s’étonnera donc pas de voir dans ce type de personne un démagogue en puissance. 

Si on écoutait l’économiste bien-intentionné, les subventions à la culture et aux arts seraient réduites, voire carrément éliminées. Il préfère limiter les mesures sociales en investissant plutôt dans le développement économique, croyant que ce dernier permet l’élimination de la pauvreté. Point de vue mondialisation, il est en faveur du libre-échange, qu’il croit bénéfique pour l’économie planétaire. Même s’il est choqué par les effets néfastes de la mondialisation et qu’il est sincèrement désolé pour les enfants chinois qui travaillent à un dollar par jour pour fabriquer des jeans, il est certain qu’il s’agit d’une étape temporaire que le pays doit traverser avant de connaître la prospérité. 

Conservateur modéré, l’économiste bien-intentionné est généralement un banlieusard ou encore un régional ou un provincial. 

Économiste bien-intentionné célèbre: Mario Dumont, Jean Charest. 

Le religieux conservateur 
Le religieux conservateur dénonce les péchés moraux des libéraux, qu’il taxe de pervers, d’infidèles et de décadents. En contrepartie, le religieux conservateur pêche souvent à travers les organisations qu’il appuie : son église, son gouvernement ou ses entreprises, par exemple. Étrangement, les péchés de la chair sont, pour le religieux conservateur, des fautes beaucoup plus graves que ceux de la violence. La forte présence du lobby des religieux conservateurs aux États-Unis permet de comprendre des phénomènes qui, ailleurs, semblent incompréhensibles: pourquoi, par exemple, le sein à demi révélé de Janet Jackson a fait un tel scandale et pourquoi les armes à feu sont omniprésentes aux Etats-Unis - et leur possession, encouragée. 

Pour le religieux conservateur, tout est noir ou blanc : aucune place pour les teintes et les tons. Le monde se divise ainsi entre les bons et les méchants. Il croit au Paradis et à l’Enfer et à l’Armageddon, le combat final. 

Le religieux conservateur défend sa religion à tout prix, quitte à transgresser les Écrits. Il se dit que Dieu saura reconnaître les siens parmi les morts des guerres saintes qu’il appuie et que ces guerres sont nécessaires à l’instauration d’un régime religieux strict et salvateur. 

Le religieux conservateur est contre l’avortement et attache une grande importance à la famille. Cette dernière valeur est rattachée à la volonté d’agrandir l’influence de sa religion en augmentant le nombre de fidèles. 

Le religieux conservateur vit généralement en milieu rural, il fuit la ville - associée à la débauche et la dépravation. 

Religieux conservateurs célèbres : George W. Bush, Osama Bin Laden.

L’extrémiste de droite
L’extrémiste de droite est un personnage égocentrique. Bien qu’il soit pourtant lui-même un grand privilégié de la vie, il est frustré à en être dangereux. Les plus modérés porteront leur fiel à la radio ou deviendront chauffeurs de taxi. 

Selon eux, les assistés sociaux devraient être forcés à travailler. Les prisonniers, eux, devraient être traités en esclaves, travaillant sans salaire pour rembourser leur dette envers la société. À leurs yeux, les peines devraient être d’ailleurs beaucoup plus longues, sans libération conditionnelle, et la peine de mort devrait non seulement être appliquée, mais étendue à un éventail beaucoup plus grand de crimes. 

Les extrémistes de droite ont des opinions bien arrêtées, souvent exprimées avec violence et peu d’arguments. Selon eux, les homosexuels sont des malades mentaux. Les handicapés devraient être exterminés, ou, du moins, mis à l’écart, car ils sont un fardeau pour la société. Les personnes âgées ayant fait leur temps, on ne devrait pas s’acharner à améliorer leur sort. 

Frustré, l’extrémiste de droite s’en prend à toutes les sphères de la société. Le monde est fait d’une bande de sals. Politiciens, syndiqués, riches, pauvres, notables, journalistes, athlètes ou artistes : tout le monde passe au bat, sauf sa petite bande. La présomption d’innocence est un concept inconnu à l’extrémiste de droite et son plus grand plaisir est de s’acharner à salir la réputation d’autrui. Comme il passe le plus clair de son temps à se défendre envers et contre tous ceux qui se dressent devant son fiel, il ciblera généralement quelques personnes en particulier et quelques groupes, sur lesquels il cumulera le plus d’informations possible afin de pouvoir gagner son point lors de délibérations publiques grâce à un flot continu de faits que vous ne pourrez pas vérifier. 

L’extrémiste de droite pratique la négation : il nie les problèmes environnementaux, il nie que la guerre en Irak a causé la mort de façon inutile, il ne croit pas au réchauffement de la planète (il prétend qu’il s’agit d’une conspiration de ces salauds de scientifiques qui veulent des subventions et de ces maudits fonctionnaires qui ne font pas leur travail), il nie les inégalités créées par la mondialisation, etc. 

Résolument banlieusard, il aime ce qui est gros : grosses maisons faussement cossues, grosses voitures américaines, gros big-macs avec grosses frites, etc. 

Extrémistes célèbres : Ann Coulter, Don Cherry, Jeff Fillion, Jean-Marie Le Pen.


À ma gauche, nous avons... 

L’environnementaliste (aka l’écolo, le grano)
L’écolo s’opposait d’emblée au projet du Suroît et est contre les nouveaux projets de développement hydro-électrique. Pour lui, l’abandon du Suroît est un gain important. Il n’a généralement pas une vision globale de l’utilisation de l’énergie en Amérique et ne comprend pas qu’un Suroît abandonné au Québec signifie une centrale au charbon aux États-Unis qui va continuer à polluer. L’écologiste n’a pas toujours de solution alternative réaliste à proposer. Il confond parfois sa vision romantique de la vie avec la réalité : par exemple, il sera contre la chasse, particulièrement celle d’animaux attirants, tels le phoque ou le chevreuil. L’écolo est bien intentionné et c’est sa principale qualité. 

L’un des grands paradoxes de l’environnementaliste qui s’associe naturellement à la gauche, est qu’il s’oppose à la fois au développement de nouvelles sources d’énergie (considération écologique) et à la hausse des frais d’électricité par Hydro-Québec (considération sociale, arguant que les pauvres n’ont pas les moyens de payer les dites hausses), et ce, même si ces dernières hausses permettraient probablement une réduction de la consommation suffisante pour limiter le développement de nouvelles sources d’énergie. 

L’autre paradoxe de l’écolo, c’est qu’il aime généralement voyager à l’étranger, par exemple, au Pérou, au Tibet ou en Thaïlande. Ce faisant, il ignore qu’un seul voyage aller-retour Montréal/Bangkok correspond, pour chaque passager, à l’utilisation d’un SUV sur 25000km en carburant, et donc en gaz à effet de serre causant le réchauffement planétaire. 

L’écolo est souvent un citadin qui, occasionnellement, fera un retour à la terre. 

Écolos célèbres: Brigitte Bardot. 

Le socialiste syndicaliste
Autre package deal connu, le socialiste syndicaliste doit adhérer à la lutte des classes et au combat contre l’ennemi juré, Satan, la bételgeuse, lucifer, la bête, le serpent, c’est-à-dire le capitalisme. Pour le socialiste syndicaliste, la vie n’est qu’une guerre entre la base, la plèbe ouvrière, contre le haut de la pyramide, les patrons exploiteurs assoiffés d’argent et de pouvoir. Le socialiste syndicaliste est un combattant et la grève est son arme ultime. Envisager la perte de droits acquis est son pire cauchemar. Le socialiste syndicaliste croit que le patronat ne souhaite qu’exploiter ses employés pour son bon profit et que tout gain des employés contre le patronat est fondamentalement bon. Lors d’un conflit employé/patron, le socialiste syndicaliste donne systématiquement raison à l’employé, car c’est connu, les patrons ne font que harceler leurs employés. 

Le socialiste syndicaliste est pour l’intervention de l’État dans toutes les sphères de la société. C’est lui qui a instauré le régime de l’État-Providence. Tout ce qu’il croit bon doit ainsi être subventionné, car seule l’indépendance du lucre peut, selon lui, être bénéfique socialement. Il demande plus d’investissements dans l’éducation, s’oppose à la hausse des frais de scolarité, réclame l’amélioration des conditions de travail pour l’ensemble des syndiqués et accuse les gouvernements de céder aux pressions des corporations. 

Il s’oppose en général à toute forme de privatisation et à la sous-traitance. Également réfractaire aux baisses d’impôt, le socialiste syndicaliste est un véritable Robin des bois des temps modernes. Il se définit comme progressiste et s’attaque à ce qu’il appelle néo-libéralisme, mais il cède souvent à la démagogie ouvrière tout en critiquant la démagogie de droite. 

Le socialiste syndicaliste est un banlieusard des vieilles banlieues qui affectionne les bungalows ou parfois un citadin de quartiers récemment gentrifiés. Il aime avoir l’impression de vivre près du vrai monde, mais craint trop les quartiers populaires pour y vivre carrément. 

Socialistes syndicalistes connus : Michel Chartrand, le prof Lauzon. 

L’altermondialiste
L’altermondialiste n’est pas nécessairement socialiste, ni syndicaliste, mais aura généralement certaines affinités avec ces derniers, davantage encore avec l’environnementaliste. L’altermondialiste s’oppose à ce qu’il nomme le capitalisme sauvage. Son discours est le suivant : oui au capitalisme, mais pas au détriment des droits humains. Toutefois, en grattant plus profondément, on réalise que l’altermondialiste a des positions souvent beaucoup plus radicales, certaines tendant carrément vers l’anarchie. 

L’altermondialiste (ou carrément l’anti-mondialiste) est une personne de manifestations et de combats. Il a les hormones des féministes des années 1970 et les fibres des libérateurs à la Che Guevara, dont ils portent le visage comme étendard. Moitié hippie, moitié anarchiste, il est le moins syndicaliste du clan de la gauche, probablement parce qu’il est également généralement assez jeune et que la forte organisation des mouvements syndicaux vont à l’encontre de ses principes. Il est un brin zapatiste, anti-Alena et anti-corporation. 

L’altermondialiste, quand il n’est pas en prison ou au combat, est un citadin convaincu qui affectionne le transport en commun (contrairement à l’écolo, il le fait afin d’éviter d’avoir à encourager les multinationales de l’automobile) et les petits commerces locaux.

Altermondialistes célèbres : José Bové, Ferdinando Marcos, Noami Klein. 

Alors, pour votre part, à quel package deal adhérez-vous?

Fièrement, pour ma part, je prétends n’appartenir à aucun des portraits dressés ci-haut. Résolument contre la peine de mort (gauche), je suis en faveur du travail des prisonniers et de peines plus longues (droite). Généralement opposé aux syndicats (droite), je suis heureux de voir toutefois la syndicalisation progressive des Wal-Mart (gauche). En environnementaliste convaincu (gauche), j’utilise les transports en commun, je recycle, j’achète local lorsque possible et je mange végétarien plusieurs fois par semaine. Tout en m’opposant à la mondialisation sauvage qui crée de la misère partout où passent les Nike et Gap de ce monde (gauche), je crois toutefois que le libre-échange et une économie mondialisée peuvent êtres bons pour l’humanité (droite), en autant qu’ils soient régularisés par les gouvernements. Les subventions pour la culture et l’art me semblent essentielles (gauche), tout comme le sont celles à l’industrie des technologies (droite). Pour l’avortement et le mariage des homosexuels (gauche), j’ai de grandes réticences quant à l’adoption par ces derniers (droite). Ma perception de la morale est plutôt libérale, faites l’amour et non la guerre est une expression qui me semble sensée(gauche). Toutefois, je crois que dans certains cas, l’usage de la force armée est nécessaire pour sauver des populations innocentes (droite). 

Et vous?

Posté par Ludovic à février 7, 2005 01:18 PM 

CommentairesSi, par hypothèse, je souscris à toutes les idées, opinions et prises de position exprimées par Ludovic dans le dernier paragraphe de son article, ai-je ainsi acheté le « package deal » ludovicien (qui les dénonce) ?


Posté par: Feynman à février 8, 2005 02:15 PM Postez un commentaire  Nom:


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